« Il faut doubler le taux conventionnel destiné à la formation professionnelle continue »

Conditions de travail en cabinet, salaires, formation, réforme de l’audit : Denis Billmann, négociateur du syndicat FEC-FO pour la branche expertise-comptable-CAC et CGA, donne son point de vue sur l’actualité sociale de la profession dans une interview pour Actuel Expert-comptable

Que constatez-vous de l’évolution des conditions de travail en cabinet ?
Comme vous le savez, le digital a un impact fort sur les cabinets, avec des évolutions telles que la disparition des métiers de tenue et  l’apparition de nouveaux postes. Le travail est de plus en plus à flux tendu, la nécessité de réactivité et de disponibilité des salariés s’intensifie, et les réformes qui se succèdent rajoutent des difficultés, car il faut les « digérer ». Par ailleurs, la profession tend à devenir un agent privé de l’Etat, du fait de la DSN et des autres télétransmissions.

Dans ce contexte, quelles sont les revendications des salariés que vous défendez ?
La question des salaires dans la branche est un point majeur, qui participe de l’attractivité des métiers, c’est pourquoi nous demandons une revalorisation au-delà des 1,5% qu’a connus le SMIC en 2019. La discussion se tiendra en avril avec le patronat, afin de revaloriser tous les minima conventionnels. Chez FO, nous souhaitons la mise en place du télétravail pour les salariés qui en font la demande, avec une compensation destinée à couvrir les frais du télétravailleur. Pour le moment, la pratique se fait au bon vouloir du chef d’entreprise, mais il faut encadrer ce dispositif dans la convention collective, en précisant des conditions d’exercice, la compensation et un nécessaire respect du temps de déconnexion. Hors de question de solliciter les collaborateurs à des heures indues.
Par ailleurs, nous souhaitons le paiement des temps de trajets supérieurs à 2h, ce qui n’est que très rarement appliqué malgré les  dispositions conventionnelles existantes. Les missions sont de plus en plus longues, les trajets aussi, il faut qu’il y ait un paiement en heures ou une compensation en jours de repos.

Quels sont vos prochains chantiers ?
De nombreux sujets arrivent à l’ordre du jour. Nous mettrons ainsi en discussion l’accord de formation. Pour l’heure, un taux conventionnel de formation professionnelle de 0,3% s’ajoute au taux légal de 1% qui concerne les cabinets de plus de 11 salariés, et il a été confirmé pour l’année 2019. Mais à l’avenir en 2020, FO souhaite porter ce taux conventionnel à 0,6%, donc le doubler, car les  sommes collectées permettent de mettre en place des actions de formation supplémentaires. C’est d’autant plus utile qu’il y a un gros enjeu, avec la réforme de la formation professionnelle continue : demain, les stagiaires en DEC ne seront plus pris en charge par la formation. D’où l’importance d’avoir un taux conventionnel, afin de pouvoir réaffecter les sommes au financement des trois années de stage. A défaut, il y aura un reste à charge pour l’entreprise, particulièrement délicat pour les petits cabinets, voire, un risque de reste à
charge pour les étudiants. Ce serait une situation intenable, à l’heure où la profession a besoin de se renouveler et de rajeunir ses effectifs.
Par ailleurs, l’égalité homme-femme doit être respectée : en 2016, l’écart de salaire était d’environ 30% à poste égal en expertise comptable, ce qui n’est pas tolérable.
Également, nous plaidons pour un accord handicap novateur, qui facilite le recrutement et la formation de salariés handicapés, mais aussi la formation de leurs encadrants.

La formation est aussi importante à l’heure de la réforme de l’audit ?
Oui, car cette réforme va s’accompagner d’une casse sociale considérable : 11 000 à 13 000 postes sont menacés. D’où la nécessité de se pencher sur la formation pour réorienter les compétences des salariés vers des tâches comme la gestion de patrimoine, par exemple, ou le conseil. Sous prétexte d’améliorer la compétitivité des entreprises, la hausse des seuils se traduira surtout par un massacre aussi bien pour les salariés que pour les professions libérales. C’est d’autant plus incompréhensible que des pays tels que l’Italie abaissent leurs seuils d’audit.

Que pensez-vous de l’idée d’imposer l’adhésion syndicale en France ?
Les libertés individuelles doivent permettre à chacun d’adhérer ou non à un syndicat. Dès lors qu’il y a une contrainte, on restreint cette liberté. Nous n’y sommes donc pas favorables, d’autant que cela pourrait entraîner des dérives.

Propos recueillis par Olga Stancevic
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